L’espace médiatique

Si on s’attache de plus près à l’entraînement du culturiste sculpteur du corps humain, on constate que l’activité culturiste suppose deux formes de regroupements distincts. Tout d’abord, les athlètes se retrouvent dans des salles de sport pour partager ce qui n’est pas seulement le besoin d’un entraînement musculaire régulier, mais une véritable passion de la technique de la construction musculaire. Ce lieu d’entraînement constitue un espace social.

Il existe, toutefois, un autre lieu d’expression du culturisme. Celui-ci représente un espace médiatique. Les compétitions sportives se déroulent sous forme de championnats et de Grands Prix propres à chaque pays. La demi-finale nord du championnat de France de culturisme de l’ IFBB France va se dérouler le 15 mars 2008 au salon mondial du bodyfitness à Paris. La finale se tiendra du 28 au 30 mars 2008 à Béziers. La finale du Championnat de France 2007 FBBF-France (organisé sous l’égide de la Fédération du Body Building et du Fitness de France et de l’IFBB, International Federation of BodyBuilding), compétition de Culturisme, Fitness et Bodyfitness avait eu lieu du 16 au 18 mars 2007 au Parc des Expositions de Paris, Porte de Versailles. L’espace médiatique consacré au Championnat de France de Culturisme s’est étalé sur trois jours, selon le programme suivant :

A noter, également, le « Grand Prix d’Angleterre », particulièrement réputé. Parmi les compétitions internationales annuelles,il faut citer, outre le célèbre Concours « Olympia », des compétitions particulièrement courues comme le « Ironman Pro », le « Arnold Classic », le « Grand Prix de San Francisco »,  ou encore, un Grand Prix consacré aux figures, le « Concours Figure Ironman ».

L’espace culturiste dédié à la compétition est un espace médiatique. Il y a la scène, tout d’abord, vers laquelle convergent les regards des spectateurs, ainsi que des téléspectateurs. [Réf. Emission de TF1 du 13/11/2005 présentée par Claire Chazal autour d’un reportage sur les championnats du monde de culturisme qui s’étaient tenus à Thiais.] Et il ne faut pas oublier les lieux où se déroulent les championnats et les Grands Prix. Ce sont des  salles à l’ambiance surchauffée où afflue un public très participatif. Les concurrents défilent tout muscle dehors, effectuant des figures imposées, c’est-à-dire des poses devant des juges. On compte sept juges fédéraux de l’AFCPAS (Association Française  de Culture Physique Athlétique et Sportive) contre neuf juges de l’IFBB (International Federation of Body Building) aux Etats-Unis. Les juges attribuent des points aux concurrents, prenant en compte la proportion du développement musculaire, le volume et aussi la  sécheresse des muscles. Public averti, public en fête dont les encouragements adressés aux candidats vont crescendo tout au long de la soirée. Les spectateurs  viennent en masse. Athlètes et spectateurs forment une même configuration et leurs actions et réactions sont interdépendantes.

A l’espace de la ville où se déroulent les championnats et les Grands Prix, succède un espace de médiatisation et de glorification du sport. C’est l’espace   des relations à distance qu’offrent les médias. Les journaux sont présents mais la médiatisation se décline. Elle va des affiches publicitaires au film car les compétitions de culturisme intéressent tous les nouveaux moyens de diffusion : la radio, le photoreportage, la télévision, Internet, mais aussi les DVD, voire même les doubles DVD. Des pages entières des revues spécialisées dans le culturisme (parmi lesquels, Muscle&Fitness, Le monde du muscle, FLEX, Fitness Magazine) sont consacrées à cet espace médiatique. Voici quelques légendes types qui accompagnent la vente de DVD : « Mr Olympia 2006. Avec ce double DVD, découvrez les temps forts du prejudging, l’intégrale de la finale, les conférences de presse, la rencontre ‘Meet The Olympians,’ des interviews et des scènes filmées dans les coulisses…et bien lus encore. Deux DVD qui vous apportent tout le frisson du week-end Olympia de cette année ! » [ Réf. Muscle&Fitness, mars 2007, p.133].

La création d’espace médiatique pour le culturisme n’est pas uniquement le fruit de l’activité des sportifs. Elle doit autant aux magnats de l’empire du bodybuilding et aux médias qui augmentent leur audience en éveillant l’attention sur les compétitions qu’à la seule pratique sportive. Cette imbrication entre spectacle, média et compétition est nette aux Etats-Unis, certes, mais on l’observe également en France puisque l’accès aux sites internet prolongeant l’espace médiatique du culturisme par la mise en ligne et la vente de photographies de qualité réalisées lors des rencontres de body building est l’objet de nombreuses publicités dans les magazines de culturisme et de fitness. [www.weiderphotos.com].

Pratiquer le culturisme, c’est faire cohabiter le corps qui s’entraîne et le corps qui s’exhibe. Les compétitions se succèdent, régionales, nationales, internationales. Des empires économiques se bâtissent, empires du muscle, de la nutrition sportive et de la forme. L’art de construire son corps, de gonfler ses muscles et de les exhiber fait vivre, fait rêver, fait gagner de l’argent.

Une logique de spectacle

La glorification du corps du culturiste est omniprésente sur les podiums. Attachons nous au cas de Jamel El Gharbi, quadruple champion de France WABBA et toujours très bien placé dans les compétitions internationales. Jamel El Gharbi est l’un des athlètes français les plus titrés au niveau national. En 2006, Jamel a franchi un nouveau palier en étant très présent     sur la scène mondiale et en remportant même un titre de champion du monde. Le 16 mars 2007, il a fait une démonstration  au salon du culturisme et du fitness au Parc des Expositions de la Porte de Versailles. Jamel El Gharbi est un compétiteur d’exception, excellent dans le posedown, mode de glorification du corps à travers la présentation des six poses imposées. Par sa technicité dans la valorisation de son esthétique corporelle, le champion de France peut être comparé à Marcus Haley, détenteur du titre de meilleur poseur. Affichant une réelle densité musculaire, Jamel sait toujours se mettre en valeur sur une scène avec une aisance et un professionnalisme déconcertant.

Le cas de Jamel El Gharbi est intéressant car il donne à voir  le côté artistique qui se trouve associé au culturisme. Non seulement Jamel El Gharbi peut être le prochain Français à devenir bodybuilder professionnel compte tenu de son potentiel, de son niveau et de ses titres, mais il vient d’être sélectionné pour interpréter un rôle dans un spectacle fantastique. Ce show, qui s’est déroulé au Cirque d’Hiver de Paris le samedi 2 juin 2007 mélange arts martiaux et bodybuilding. Il s’agit d’un spectacle qui relève du domaine du fantastique, intitulé « Le souffle du vent ». Le thème du spectacle est le suivant : A l’aube du 3ème millénaire, le Monde est en plein chaos, le gouvernement a depuis peu instauré un régime totalitaire pour rétablir l’ordre dans l’Etat et les opposants sont expulsés, emprisonnés ou massacrés dans les affrontements quotidiens. Le gouvernement ferme   les yeux et approuve la guerre civile. Suite au casting, Jamel El Gharbi, de par sa stature imposante et sa puissante musculature a immédiatement séduit la production et décroché le rôle de Bélial, l’un des disciples du Monde spirituel. C’est un personnage puissant mais controversé. Figure guerrière, il mène les démons. Le personnage est inspiré par la figure démoniaque de l’anarchie emprisonnée dans une jarre par Salomon. Jamel El Gharbi apporte une stature importante à Belial et correspond magnifiquement bien à ce personnage. Il a aussi un sens artistique inné et un don de l’interprétation remarquable en plus de son impressionnant physique. Qui a dit que les culturistes n’étaient pas des artistes ?

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